Lorsque la justice américaine a commencé, début 2026, à publier par vagues les Epstein Files (plusieurs millions de pages d’archives, de notes internes, d’e-mails et de pièces scellées depuis plus de quinze ans), rien ne laissait présager que l’Algérie y apparaîtrait. Pourtant, au fil des décryptages, une série de documents techniques, identifiés sous des codes froids tels que EFTA02464037 ou EFTA02505198, fait émerger l’ombre d’un responsable politique algérien dans l’environnement périphérique du réseau de Jeffrey Epstein. Rien qui ne ressemble à un scandale politique comparable aux cas américain ou français, mais suffisamment d’indices pour comprendre comment certaines élites maghrébines ont pu se retrouver, malgré elles, dans les zones de contact du système Epstein.
Tout part de courriels retrouvés dans ces fichiers, dans lesquels Mariya « Masha » Prusakova, collaboratrice déjà repérée dans les archives du financier américain, se présente comme « personal assistant of a future Algerian presidential candidate ». Les messages sont laconiques. Ils évoquent des déplacements à Istanbul et Moscou, des mises en relation et un accompagnement logistique autour de forums économiques internationaux organisés entre 2015 et 2017. À ce stade, aucune mention explicite d’un nom algérien n’apparaît. Mais l’expression intrigue, d’autant que ces années correspondent à une phase de forte activité diplomatique d’Alger, marquée par des rapprochements énergétiques et industriels, notamment avec la Russie.
C’est un think tank basé à Tanger, l’Institut Horizons (IGH), qui va offrir le premier une lecture structurée de ces éléments. Dans une note publiée début février, l’institut parle d’un travail d’“entrisme périphérique” du réseau Epstein dans plusieurs zones géographiques, dont l’Algérie. Les analystes décrivent un schéma qui n’a rien de spectaculaire, mais qui s’inscrit dans les techniques bien documentées du financier; créer des liens symboliques avec des entourages politiques, offrir des services de mise en réseau, et s’appuyer sur des assistantes ou des intermédiaires présents sur les scènes internationales. IGH rappelle d’ailleurs que ce type de stratégie ne vise pas nécessairement les responsables eux-mêmes, mais les premiers cercles qui gravitent autour d’eux.
L’un de ces épisodes concerne un échange, daté d’avril 2015, où Prusakova sollicite une aide de 1.000 dollars pour financer le report d’une inscription universitaire à Berkeley. IGH y voit un geste typique du “reputation laundering” d’Epstein; un don modeste, presque anodin, mais qui crée un lien et installe une forme de dépendance subtile. L’année suivante, des traces de la même assistante réapparaissent lors d’un forum algéro-russe à Moscou, où elle semble évoluer dans les coulisses d’espaces de sociabilité fréquentés par des responsables proches de Dmitri Medvedev. Enfin, en 2017, une série de logs fait remonter un canal parisien, basé Avenue Foch, utilisé par des intermédiaires pour recruter ou approcher de jeunes femmes nord-africaines en leur promettant des opportunités artistiques. Le procédé rappelle les méthodes déjà décrites dans le dossier français impliquant Jean-Luc Brunel.
Très vite, un nom s’impose dans les analyses médiatiques, celui d’Abdeslam Bouchouareb. L’ancien ministre de l’Industrie, aujourd’hui fugitif et condamné à plus de cent ans de prison en Algérie pour corruption, correspond aux critères évoqués dans les documents : un ministre en ascension entre 2015 et 2017, considéré comme “présidentiable” par certains cercles, actif dans les fora économiques internationaux et entouré d’un réseau de collaborateurs présents dans ces déplacements. Mais il faut insister car son nom n’apparaît dans aucun des fichiers rendus publics.
A noter que le Département de la Justice américain a rappelé dès la publication de ces fichiers qu’aucune nouvelle inculpation n’était prévue sur la base de ce matériel. À Washington, les responsables du dossier expliquent que ces pièces ont déjà été examinées et ne contiennent pas de matière pénale exploitable contre de nouveaux individus. La présence de l’Algérie dans les Epstein Files n’a donc rien du volet judiciaire, mais s’inscrit davantage dans une cartographie globale des réseaux, des tentatives d’influence et des contacts périphériques. A chacun donc d’en tirer les conclusions qui s’imposent…




